Petite réflexion après lecture du témoignage de "Caligae".
Je suis moi même Enseignant et je comprends tout à fait les difficultés de mon collègue à enseigner en ZEP. J'ai la "chance" d'exercer mon métier dans un lycée professionnel de la banlieue ouest parisienne où le climat y est plus "paisible". Je partage beaucoup des point de vue abordés sur nos élèves, leurs parents et notre hiérarchie :
- élèves de plus en plus inciviques qui ne supportent plus la moindre autorité (je ne parle pas d'autoritarisme mais du simple respect de règles de vie communes) et qui crient au scandale dès qu'on leur empêche de consulter leurs sms sur leurs portables.
- élèves retardataires ou absentéistes qui ne comprennent pas qu'on leur demande de se justifier
- parents débordés ou j'en-foutistes qui comptent sur nous pour palier à leur éducation défaillante
-Hiérarchie lâche quand il s'agit de défendre un collègue insulté ou agressé
-Institution dépassée qui interdit les redoublements, les renvois pour fautes graves et même les simples avertissements Travail/Comportement parce que de toutes façons "cela est improductif"
Je n'ai pas l'impression d'être un gréviste multi-récidiviste. Il m'est arrivé de faire grève une journée par le passé en ayant le sentiment que, peut être, une mobilisation large pouvait faire avancer des revendications légitimes. J'ai arrêté depuis comme j'ai arrêté de me syndiquer. Marre au total d'être ponctionné d'une journée de salaire (et oui! Nous ne sommes pas payés les jours de grève pour ceux qui en doutaient)pour un résultat nul. Les réformes passent, quoiqu'il arrive.D'ailleurs, je remarque que les grèves des Enseignants sont de moins en moins suivies (moins de 20% dans mon lycée) et j'ai remarqué que beaucoup de jeunes collègues étaient de moins en moins syndiqués. En presque 15 ans de carrière, je n'ai jamais été absent ou en retard. On glose beaucoup sur ces Enseignants perpétuellement malades/absents mais je ne suis pas sûr que le taux d'absentéisme soit supérieur à celui d'autres catégories professionnelles. Un métier bien payé ? Après 15 années d'ancienneté je touche 2100€/mensuel. Ça n'est pas la misère certes mais ça n'est pas non plus le jackpot.18H00 de cours par semaine? Certes, mais les cours çà se préparent, les copies çà se corrigent, les réunions pédagogiques prises sur les pauses-déjeuner, on y est aussi. Un prof digne de ce nom fait ses 35H00/semaine et plus sans problème. 15 semaines de vacances par an? Certes, mais HEUREUSEMENT qu'on les a! Sans ça, ca fait longtemps que j'aurais péter une durite! Car il est un fait que les anti-profs négligent souvent, c'est l'extrême pénibilité de ce travail! Tous les élèves ne sont pas aussi sages que ceux que l'on peut rencontrer dans des lycées de prestige comme HENRI IV ou JANSON DE SAILLY. Ces derniers sont malheureusement exta-minoritaires. La majorité de la population scolaire rechigne au travail et il faut une énergie de tous les instants pour en tirer quelque chose! Je ne compte plus les profs en dépression, les remplaçants et contractuels démissionnaires après quelques jours passés à essayer de faire leur métier. N'oubliez pas que les gang de jeunes des cités qui brisent vos vitrines, nous on se les tappent tous les jours en classe. C'est heureusement une minorité....
A chaque nouveau ministre, une nouvelle réforme à appliquer sans délai. L'élève doit être "l'acteur de son apprentissage". On ne doit plus rien lui imposer. Tout doit venir de lui, naturellement. Il doit "construire son savoir". Mais un élève en 2009 n'a qu'une idée en tête... Rester chez lui, naviguer sur Facebook et mater Secret-Story!!! Je suis d'accord sur le fait que les programmes sont trop lourds, que l'emploi du temps des élèves est surchargé. Moi aussi, je préfèrerais un système plus souple avec des cours le matin et des activités de découverte l'après-midi sous la forme de modules optionnels. Mais je me dis qu'à cet âge, si on ne leur impose rien, les élèves .... ne font rien.
Un mot aussi sur nos conditions de travail qui se dégradent. Nos ministres successifs nous expliquent sans arrêt que la démographie diminuant, il est normal que des classes ferment, que des postes soient supprimés. En 15 ans, je n'ai pas eu l'impression d'avoir moins d'élèves..bien au contraire! J'ai en moyenne entre 28 et 32 élèves par classe et ce chiffre augmente régulièrement. La moyenne de 18 élèves/classe que l'on nous ressort régulièrement est une escroquerie intellectuelle! Diviser le nombre total d'élèves par le nombre total d'enseignants n'a aucun sens mathématiques puisque à un moment t donné TOUS les élèves n'ont pas cours avec TOUS les profs! Ce quotient n'a donc aucune réalité! Franchement...Quel parent d'élève peut affirmer ici que son enfant est dans une classe de 18 élèves!!!!
Je reconnais un seul avantage à ce métier. C'est la sécurité de l'emploi qu'il apporte. Par les temps qui courent, c'est effectivement irremplaçable.
Tous les jours, je me dis qu'il faut que je change de métier et je ne connais pas un seul collègue qui, découragé, ne se pose pas cette question.
A tous ceux qui vomissent leur aigreur sur cette profession, je leur rappelle que les concours vous sont ouverts et vous comprendrez alors quel sacerdoce cela peut être parfois.
Cordialement